Innovation

🎙️ Comment reconnaître une spiruline de haute qualité ? Entretien avec Marc Cazaux, fondateur d’Hélica

spiruline helica
écrit par Juliette

Le Lot et Garonne est plutôt connu pour sa production de fruits… Aujourd’hui, nous vous emmenons dans cette région pour y découvrir un tout autre type de production : celle de la spiruline. Rencontre avec Marc Cazaux, docteur en biologie des plantes, qui a décidé en 2014 de relever le défi de cultiver de la spiruline de haute qualité, made in France. Et de la commercialiser sous la marque Hélica.

Marc Cazaux, Fondateur d’Hélica

Bonjour Marc, qu’est-ce qui vous a amené à lancer l’aventure Hélica ?

Après 8 années de recherche académique en France et à l’international dans des laboratoires privés et publics, j’ai eu des envies d’entrepreneuriat à fort potentiel d’innovation. En 2014, je voyais de nouveaux « ingrédients miracles » sur le marché toutes les semaines. Dans ce cadre, j’ai découvert la spiruline, qui est rapidement sortie du lot. L’étude de la littérature scientifique m’a montré que ses vertus étaient nombreuses et très sérieuses scientifiquement. Lors du « coup de blues » de fin de l’automne, je me suis personnellement lancé dans une cure, cela a fini de me convaincre. Le potentiel est énorme ! En même temps, le domaine des micro-algues est un sujet totalement émergent où tout est à faire : du développement technique au développement du marché qui est encore de niche.

Quels sont les avantages nutritionnels de la spiruline ?

Du côté des bénéfices santé

La liste est longue. Le principal atout est le tonus, le gain de vitalité qui donne une sensation de bien-être à l’utilisateur. Les phycocyanines contenues dans la spiruline (pigment bleu) lui donnent un réel intérêt pour la promesse immunité. Entendons-nous bien, ce n’est pas un vaccin ou un médicament qui soigne, mais ça permet de stimuler le système immunitaire.

La spiruline semble aussi avoir des effets positifs pour la récupération des sportifs et leur performance. Nous sommes partenaires de l’US Marmande, où 4 joueurs de rugby sont en cours de test pour ces bienfaits.

Nous avons aussi régulièrement des retours de consommateurs qui ventent les bienfaits de la spiruline sur la qualité de leur sommeil et se sentent plus apaisés. Mais cela n’est que du déclaratif pour le moment.

Sa richesse en nutriments

Ensuite, la richesse en protéines est une bonne raison d’utiliser la spiruline. Cette micro-algue est en effet composée en moyenne de 65 % de protéines (nous montons dans nos productions jusqu’à 75 %), deux fois plus assimilables que des protéines issues de la viande et contenant tous les acides aminés essentiels. Cependant, les choses sont à remettre dans leur contexte : lorsque l’on utilise un complément alimentaire contenant de la spiruline, on obtient des quantités de protéines qui sont faibles (0,5 à 1 g par jour, loin des 20 g/j qu’on peut trouver dans d’autres produits). La spiruline est aussi une source intéressante de fer : elle permet d’atteindre 10 % des apports recommandés, ce qui permet de contribuer à palier les carences en fer fréquentes.

La teneur en bêta-carotène est également intéressante. Par ailleurs, la spiruline apporte aussi de la vitamine B12 mais attention : 80 % de cette vitamine B12 est sous forme inactive, seule 20 % est bien assimilable. J’ajoute pour finir la présence d’autres vitamines B qui contribuent à la pousse des cheveux et à la beauté des ongles.

Cultiver de la spiruline, c’est facile ? Quelles sont les contraintes ?

La France compte une centaine de producteurs de spiruline. Je dirais que c’est « vendu » comme étant facile, il existe des formations de 2 semaines seulement pour apprendre à la faire pousser. En soit, les conditions sont assez faciles à réunir : une eau saumâtre à pH basique (9-10), de la lumière, de la chaleur, et le tour est joué ! Si les conditions sont parfaitement régulées c’est parfait. Mais obtenir une spiruline pure est plus compliqué qu’il n’y parait car ce sont les conditions idéales pour le développement de nombreuses bactéries (toxiques ou non). Il y a des risques non négligeables de développement d’autres cyanobactéries. C’est donc très difficile de récolter une spiruline pure, sans débris issus du milieu de culture, sans spiruline morte, et sans cyanobactéries qui sortent des toxines. Il n’existe pas d’obligations réglementaires, ce qui explique que l’on trouve des spirulines de qualité très variables.

Par ailleurs, les micro-algues ont tendance à capter les métaux lourds. Il faut donc être très vigilant quant à l’eau utilisée pour la culture. En France c’est facile car on a accès à de l’eau de bonne qualité, c’est moins évident dans d’autres pays comme la Chine par exemple. Il est nécessaire de contrôler aussi de près les sources d’intrants : la nourriture de notre spiruline ne doit pas apporter de métaux lourds.

En résumé la culture n’est pas compliquée en soit, mais pour obtenir une spiruline de qualité, il faut un suivi quotidien, un bon équipement, et une certaine technicité.

Comment reconnait-on de la spiruline de qualité ?

Faire travailler les sens pour reconnaître une spiruline de qualité

spiruline Hélica

La spiruline est réputée pour être difficile à manger à cause d’un goût et d’une odeur désagréables, faisant penser à de la nourriture pour poissons. C’est faux ! L’odeur de la spiruline pure, de qualité, est agréable, un peu boisée, loin d’être repoussante. On reconnait aussi la spiruline de qualité par une couleur verte très foncée, qui montre une richesse en pigments.

Un impact sur la valeur nutritionnelle

La culture de la spiruline, comme beaucoup d’autres cultures, est aujourd’hui trop orientée vers la recherche de rendement. On veut en faire pousser beaucoup en peu de temps, mais il en résulte des teneurs très faibles en pigments, en protéines et en vitamines. Pour exemple, la teneur de phycocyanines de la spiruline en temps normal peut aller jusqu’à 25 %. Une bonne teneur est de 14 ou 15 %. Dans une spiruline de mauvaise qualité, on peut trouver des taux entre 3 et 6 %. Chez Hélica, nous sommes montés jusqu’à 26 % !

Les méthodes de production de la spiruline n’y sont pas pour rien

Au-delà de la méthode de culture, ce qui compte aussi est le traitement après récolte. 4 étapes sont nécessaires pour obtenir de la spiruline :

  • La micro-algue pousse dans des bassins d’eau
  • Vient ensuite la récolte
  • Puis la filtration
  • Et enfin le séchage

La grosse différence entre les producteurs se fait principalement sur les méthodes de séchage.

Dans les exploitations « industrielles » (souvent à l’étranger), pour baisser les coûts de production, le processus de séchage est accéléré par des techniques d’atomisation. Cela implique une température élevée qui dégrade les vitamines et les phycocyanines. On peut aussi voir des phénomènes d’oxydation se développer. On reconnait alors la spiruline à sa couleur pâlotte, l’odeur douteuse, et des taux de vitamines particulièrement bas.

Dans les exploitations plus petites et respectueuses de la matière première, le séchage se fait à basse température (environ 40°C) pendant quelques heures. On ne presse pas pour éviter de casser les filaments. De plus, lors de la récolte, on met tout en œuvre pour ne récolter que la matière souhaitée et pas le reste du substrat. De notre côté, nous avons mis en place un système de rinçage de la spiruline pour éviter les éléments non désirables qui peuvent donner une odeur désagréable et baisser la qualité du rendu final.  

Parlez-nous de la marque HéliCa et les produits : où sont commercialisés les produits et à qui sont-ils destinés ?  

Pour le moment nos produits sont tous les compléments alimentaires :

  • Sous forme de petits flocons dans des pots en verre
  • Sous forme de gélules végétales sans additifs ni excipients.  

Nos produits sont commercialisés via 3 réseaux : notre site internet, Amazon, des points de vente physique (une cinquantaine de pharmacies actives, nous sommes en cours de développement de ce réseau). Nous sommes aussi distribués dans quelques herboristeries et magasins bio, mais nous ne sommes pas labelisés, ce qui freine le développement de ce réseau. J’en profite pour préciser que le label Bio n’est pas un gage de qualité suffisant pour la spiruline. Nous montons des protocoles pour passer en Bio, mais sans baisser la qualité de notre spiruline.

Les bénéfices concernant toute la population, notre cible de consommateurs est large, même si on constate que la plupart de nos clients ont dépassé la cinquantaine.

Où en êtes-vous dans le développement d’Hélica et quelles sont les prochaines étapes ?

Hélica est littéralement né dans mon garage, avec 1L d’eau pour faire pousser ma spiruline ! Nous avons ensuite gagné plusieurs concours de start-ups. Aujourd’hui, nous sommes 6 : 2 docteurs en biologie, 1 pharmacienne ingénieur, 1 apprenti logistique, 1 commercial et 1 graphiste – chef de projets numériques.

Depuis 2014, nous nous concentrons beaucoup sur la R&D pour tenir la qualité. Nous en sommes à la 14ème version de notre machine de production !

Pour les prochaines étapes : nous allons sortir un brevet, et nous travaillons sur l’industrialisation pour augmenter les volumes, sans baisser la qualité. Il y a aussi du travail pour augmenter la notoriété de la spiruline qui est un bon produit, mais méconnu.

Quel avenir pour les algues ?

A mon sens, on n’a même pas gratté la couche de polish du monde des algues ! On est au tout début de cette ère. On voit de très beaux projets qui se lancent, c’est un secteur qui va émerger. Il reste encore une multitude d’espèces à découvrir. Le potentiel est énorme, notamment pour produire de la protéine de manière écologique.

Si la spiruline est LA microalgue sur le devant de la scène, ce n’est pas la seule. La chlorelle est également assez facile à cultiver, et il y en a beaucoup d’autres.

Je pressens aussi un bon potentiel pour les algues oléagineuses pour consolider les productions d’huiles végétales. 

Le mot de la fin ?

Nous sommes implantés en pleine campagne entre le Gers et le Lot-et-Garonne. Nous devrions rencontrer des problèmes de recrutement, mais c’est avec un grand plaisir que je constate que ce n’est pas le cas. Le projet a du sens, il résonne dans l’esprit des nouvelles générations. Nous sommes une start-up vertueuse, innovante, qui se développe en pleine campagne. On fait travailler des personnes aux profils différents, nos valeurs sont vraiment tenues !

Merci beaucoup Marc pour le temps que vous nous avez accordé !

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Crédits photos: ©Hélica

A propos de l'auteur

Juliette

Directrice du pôle Food chez Nutrikéo - Mes domaines de prédilection : les grandes tendances du Food, que je vois venir avant tout le monde.

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