Tendances

🎙Un instant avec Christophe Rupp-Dalhem, pour discuter filière française de protéines alternatives

protéines alternatives
écrit par Juliette

Végétaux, algues, insectes, microorganismes… Les sources de protéines alternatives font couler des kilomètres d’encre, à commencer par la rédaction de Culture Nutrition ! Mais la France est-elle bien positionnée dans la course à l’innovation ? Comment la filière française est-elle structurée ?

Pour apporter des éléments de réponse, nous nous sommes tournés vers Christophe Rupp-Dahlem qui préside l’association Protéines France. Il nous aide notamment à comprendre le projet ProteiNEW, lancé récemment, qui a pour ambition d’accélérer la croissance et la structuration de la filière française. On vous révèle sans plus tarder les échanges que nous avons eus l’honneur d’avoir avec lui autour de ce sujet en plein dans les tendances alimentaires actuelles.

Bonjour Christophe Rupp-Dahlem, vous êtes le président de Protéines France, pouvez-vous expliquer à nos lecteurs les raisons d’être de cette association ?

Protéines France est une association qui regroupe les entreprises et les acteurs majeurs de la filière des protéines végétales et issues des nouvelles ressources émergentes, c’est-à-dire les algues, les insectes ou les microorganismes. On parle de sources de protéines alternatives. Son objectif est de représenter tous les acteurs de la filière, du champ à la fourchette. Parmi les membres de Protéines France, on retrouve des coopératives, des start-ups, des industriels et des transformateurs de la biomasse, des sociétés agroalimentaires et même des distributeurs. Créée en 2017, l’Association compte déjà 30 adhérents.

Nous représentons donc toute la filière, avec 3 volets principaux :

  • L’innovation : comment faire ensemble pour innover de manière collaborative sur de nouveaux produits, de nouveaux procédés, de nouvelles propriétés.
    • La production : comment faciliter l’installation ou l’extension d’unités existantes sur les protéines végétales et les nouvelles ressources.
    • L’accès au marché : comment assurer un accès au marché le plus facile possible pour les protéines végétales et issues des nouvelles ressources.

Protéines France a pour but d’accélérer le développement du secteur des protéines végétales et nouvelles ressources et de faire de la France un leader mondial du domaine.

Quels sont les objectifs et les ambitions du projet ProteiNEW ?

Le projet ProteiNEW a pour ambition de soutenir le développement de la filière française des protéines végétales et des nouvelles ressources émergentes. Il est porté par Protéines France, qui joue le rôle de chef de file et compte également Terres Univia, Terres Inovia et le pôle IAR dans le consortium. Plusieurs entreprises (Algama, Fermentalg, Roquette, Soufflet, Limagrain, Les Mousquetaires, Avril, Tereos) appuient également les actions qui bénéficient à l’ensemble de la filière.

Concrètement, l’enjeu est de rendre l’agriculture française plus autonome en protéines alternatives, et de positionner la France comme un leader sur le marché. 4 objectifs sont jugés prioritaires pour répondre à ce défi :

  • Développer la filière de l’amont à l’aval ;
    • Orienter, accompagner et faciliter l’innovation au sein de celle-ci ;
    • Définir un cadre international adapté aux acteurs français de la filière ;
    • Diffuser des outils à l’ensemble de la chaine de valeur.
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Concrètement qu’est-ce que ça veut dire en termes d’actions ?

Les actions se concentrent autour des 4 objectifs prioritaires :

Pour développer la filière, il convient tout d’abord de cartographier les ressources protéiques dont nous disposons actuellement. Ceci permettra d’apporter de la visibilité à l’ensemble de la filière et de faciliter à la fois la mise en relation des différents acteurs et le développement de filières locales. On constate par ailleurs de la part des acteurs de la filière une mauvaise compréhension des modalités d’investissement en dehors de nos frontières. Pour y palier, nous permettre de nous adapter et donc de renforcer notre attractivité, nous prévoyons de réaliser des études concurrentielles internationales.

Faciliter l’innovation au sein de la filière est un autre axe important du projet ProteiNEW. Pour ce faire, nous participerons à l’élaboration de diagnostics et d’accompagnements de jeunes entreprises innovantes, à des sessions de sensibilisation et de formation sur des thématiques prioritaires en lien avec les sujets de la filière.

On note aussi une absence de normes internationales sur les protéines végétales. Dès la première année de lancement de ProteiNEW, nous mettrons en place un comité d’experts au sein de l’AFNOR sur le sujet de la normalisation des protéines végétales, puis initierons un groupe de travail au sein de l’ISO sur les sujets identifiés. L’idée est de permettre à la filière française de participer à la normalisation des protéines végétales à l’échelle internationale, et de favoriser l’adoption des pratiques françaises au niveau international.

Quelle est la place de la France sur la scène internationale dans la production de protéines alternatives ?

La croissance de la demande globale en protéines est de +40 % à l’horizon 2030. La France dispose de nombreux atouts pour saisir cette opportunité, avec la création d’emplois durables sur le territoire à la clé. Nous disposons en effet d’une agriculture compétitive et durable, qui est la base d’une industrie performante. Notre écosystème se caractérise également par un vivier important de start-ups et des compétences pointues en termes de recherche et innovation. Enfin, le secteur comprend plusieurs leaders industriels qui sont déjà actifs sur ce marché au niveau mondial. Cette dynamique est croissante et nous sommes convaincus que la France peut continuer de renforcer son positionnement parmi les leaders mondiaux du secteur.

Et comment se positionne notre pays sur les protéines issues d’algues, de microorganismes et d’insectes ?

La France est très bien positionnée sur ces filières émergentes avec plusieurs start-ups qui sont en pleine croissance comme Ynsect, Fermentalg ou encore Algama. En France, ce sont plus de 40 start-ups qui ont été crées sur les 5 dernières années, dont de nombreuses sur les protéines issues des algues, des insectes et des microorganismes. Sur le seul secteur des insectes, 3 acteurs sont français parmi les 4 leaders mondiaux (Ynsect, Agronutris et Innovafeed).

Dans quelle mesure les consommateurs sont-ils prêts à substituer les protéines animales par ce type d’alternatives ?

L’intérêt des consommateurs pour les protéines végétales est clairement grandissant. Dans le dernier baromètre de consommation sur les protéines végétales que nous avons réalisé avec le GEPV (Groupe d’étude et de promotion des protéines végétales) en 2020, on voit bien que celles-ci bénéficient d’une image très positive dans la population française : 92 % des Français pensent que les protéines végétales sont bonnes pour la santé, soit 4,5 % de plus qu’en 2018, et 74 % d’entre eux les considèrent comme synonyme de qualité ! 6 Français sur 10 ont par ailleurs déjà acheté des protéines végétales et 1 Français sur 10 en consomme souvent. Dans le « top 3 » des produits les plus fréquemment consommés, on note les steaks végétaux (77 %), les desserts (61 %) et les boissons (60 %). Les protéines végétales et issues de nouvelles ressources émergentes ont de beaux jours devant elles !

Merci beaucoup pour votre temps et votre analyse. Et bonne chance au projet ProteiNEW !

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Crédits photos: #237658375– ©zoyas2222– stock.adobe.com

A propos de l'auteur

Juliette

Directrice du pôle Food chez Nutrikéo - Mes domaines de prédilection : les grandes tendances du Food, que je vois venir avant tout le monde.

1 commentaire

  • Ce texte peut être utile à tous ceux qui sont intéressés par les alternatives aux protéines et tous ceux qui sont donc soucieux de leur santé. Il est également important pour les agriculteurs Français. Il parle d’un projet qui peut voir le jour très rapidement et qui peut permettre à l’agriculture Française de pouvoir être autonome en protéines alternatives.

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